Au Seaquarium Institut Marin, chaque animal fait l’objet d’un suivi attentif tout au long de sa vie. La croissance, les comportements, la santé ou encore les relations avec les autres espèces sont autant d’éléments observés au quotidien par les équipes. Découvrez comment soigneurs, techniciens aquariologistes et vétérinaire travaillent ensemble pour accompagner les animaux, anticiper leur évolution et mieux comprendre leur santé.
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Dans les grands aquariums, aucune journée ne se ressemble. Entre découverte, imprévus, moments de joie et inquiétude, vivre avec le vivant demande une attention de chaque instant.
Au Seaquarium Institut Marin, avec plus de 200 espèces, des plus petites aux plus imposantes, les équipes assurent une surveillance permanente. Chaque animal a ses propres besoins : lumière, habitat, espace, cohabitation ou alimentation. Connaître chaque espèce et même chaque individu est la clé de conditions optimales.

Parmi les éléments suivis de près par les soigneurs : la croissance des animaux. Elle est importante pour leur santé, mais elle transforme aussi leur place dans les bassins. En grandissant, leur taille, leurs besoins alimentaires et leur comportement évoluent. À maturité, leurs relations avec les autres espèces peuvent changer : une proie peut devenir un prédateur.
Ces évolutions nécessitent parfois d’adapter les volumes, les cohabitations ou d’isoler certains individus, notamment à l’approche des naissances pour protéger les larves et les juvéniles. Les techniciens biologistes organisent alors des transferts entre les aquariums. Une gestion anticipée, pensée bien avant l’arrivée de chaque animal.
Anticiper la croissance
« Dans le cadre de la gestion d’un cheptel, les aquariums se doivent de réfléchir dès le début de la vie d’un animal dans le centre. Lorsqu’on va acquérir un animal, il faut déjà imaginer comment il va devenir. Il est hors de question d’acheter un petit requin de 50 centimètres si plus tard il fait 3 mètres 50 et qu’il n’y a pas de place pour lui. »
Jean-Marc Groul, directeur du Seaquarium Institut Marin.
Cette gestion de l’animal dans l’espace et dans l’ensemble des aquariums se fait également en collaboration avec les aquariums français et européens.
Cette fois, l’équipe prépare un transfert délicat. Les jeunes requins gris de récif, un mâle et une femelle, ont bien grandi. Ils doivent rejoindre un bassin plus adapté à leurs besoins.
« Dans le cas de ce transfert, les requins étaient donnés pour grandir dans ce bac pendant deux ans et ensuite ils sont transférés dans un bac de 500 000 litres où ils vont pouvoir atteindre une taille adulte. » Jean-Marc Groul, directeur du Seaquarium Institut Marin.
Au Seaquarium, le Requinarium dispose de plusieurs volumes, de plus en plus grands, qui s’adaptent à la taille des animaux. Le jeune requin va ainsi rejoindre un bassin où il sera assez grand pour passer ensuite dans le grand bassin des requins, avec des congénères plus grands, et répondre aux besoins de reproduction.
Cette gestion est primordiale. Elle fait partie du bien-être animal et doit être pensée par les conservateurs dès le début de la prise en charge.






Un transfert sous haute surveillance
Le transfert de requins de cette taille est régulièrement réalisé et maîtrisé. Il reste néanmoins un moment où, pendant quelques secondes, l’animal se trouve dans une situation de vulnérabilité temporaire puisqu’il est transporté hors de l’eau.
C’est donc à chaque fois un protocole qui mobilise une grande partie de l’équipe de l’aquarium. Chacun a un rôle bien déterminé : plongeurs, vétérinaire et équipe en charge du transport, qui s’assure que le trajet jusqu’au nouveau bassin soit entièrement sécurisé.
Le transfert permet également d’effectuer une prise de sang sur les deux jeunes requins gris.
« Les prises de sang, c’est très important. Ça permet de voir comment fonctionne l’organisme et d’évaluer la santé de manière peu invasive. »
La femelle est capturée en premier. Elle est rapidement sortie de l’eau et installée sur le plateau d’opération, maintenue sous un flux d’eau continu grâce à une pompe et légèrement anesthésiée. En quelques minutes, le prélèvement est réalisé. Elle retrouve ensuite son bassin, accompagnée par les plongeurs, le temps que l’effet de l’anesthésie s’estompe et qu’elle reprenne une nage régulière.
Pour le vétérinaire, ces prélèvements renferment des données précieuses et particulièrement rares. Les requins sont des animaux que l’on connaît encore très peu. La plupart des données disponibles concernent des animaux morts, pêchés ou liés à la pêche, et il existe peu d’informations sur les animaux en captivité.
La prise de sang n’est pas un acte facile à réaliser sur un requin. Elle nécessite des compétences particulières, ce qui explique en partie le peu de données disponibles. Pourtant, ces informations permettraient de déceler plus rapidement certains problèmes et d’intervenir plus efficacement.
C’est ensuite au tour du requin mâle. Les plongeurs l’immobilisent puis le positionnent directement dans sa civière de transport. L’équipe traverse le Seaquarium jusqu’au grand bassin. En moins d’une minute, le trajet est effectué et la civière est directement immergée pour permettre au requin de s’oxygéner.
Pour effectuer la prise de sang, le requin est placé sur le dos. Chez les requins, cette position provoque une immobilité temporaire appelée catalepsie tonique, un laps de temps suffisant pour que le vétérinaire intervienne. Une fois relâché, il récupère immédiatement ses repères et quitte la civière. Il est rapidement rejoint par deux autres requins de la même espèce et commence la découverte de son nouvel espace.
Le transfert s’est passé sans encombre. Les deux prises de sang permettront d’établir des valeurs de référence et ainsi de comparer les analyses futures aux prélèvements d’aujourd’hui pour évaluer l’état de santé des requins.



Le conditionnement opérant : soigner autrement
Chez les requins pélagiques, ceux qui sont tout le temps en mouvement, chaque intervention médicale nécessite une capture. Mais d’autres espèces, comme le requin nourrice ou le requin zèbre, les animaux benthiques, permettent une approche plus directe et plus douce.
Depuis plusieurs années, les soigneurs les entraînent par conditionnement opérant : une méthode qui encourage certains comportements, renforce la confiance et permet des interactions fondées sur la participation volontaire de l’animal.
« Pédagogiquement parlant, pour moi, c’est super important. Ça montre que c’est possible sur un poisson tout simplement et ça ouvre la porte à tous les autres poissons. L’intérêt médical est énorme car pouvoir manipuler, travailler sur un animal et faire des examens sans les risques liés à la capture, la pêche, l’anesthésie et tout ça, c’est royal. Ça permet de pouvoir le faire beaucoup plus régulièrement, beaucoup moins stressant et beaucoup plus agréable pour tout le monde, y compris pour l’animal. »
Jérôme Blanc, vétérinaire
Un des examens facilités par ces entraînements est l’échographie volontaire, un outil incontournable pour le suivi médical.
« Pour moi, c’est impossible d’appliquer de la médecine individuelle sans échographie. C’est un outil qui est vraiment indispensable pour la médecine des poissons. On a trop peu d’informations pour faire des généralités. Chaque fois, c’est de la recherche, c’est de la découverte et pour découvrir, il faut pouvoir regarder. L’échographie permet ça. C’est hyper important pour mon quotidien. »
Régulièrement, les soigneurs observent des parades et des accouplements dans les différents bassins de l’aquarium. Grâce à l’échographie, les deux femelles requins nourrices font l’objet d’un suivi.
« Là, on voit des œufs et on espère un œuf fécondé et par la suite un développement embryonnaire. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. »


Travailler avec le vivant, c’est une collaboration constante entre techniciens aquariologistes, soigneurs et vétérinaire. Ensemble, ils enrichissent les connaissances sur ces espèces et partagent les données avec les aquariums du monde entier.
Aujourd’hui, dans les aquariums, le bien-être animal est la priorité de toutes les équipes. Ces animaux, véritables ambassadeurs, permettent de parler des espèces sauvages et leur bien-être doit rester au cœur de toutes les actions.
Les soins, les suivis, les prises de sang, les échographies ou encore les radiographies participent à cette connaissance. Une connaissance qui peut être partagée avec d’autres structures et qui pourra peut-être, à terme, apporter des données sur des problématiques rencontrées dans le milieu naturel.
Il y a donc une double entrée : la première, c’est le bien-être de nos animaux in situ ; la deuxième, c’est un apport de connaissances sur ces animaux qui peut intervenir et servir dans le milieu extérieur.
Repères & Fiche Technique
- Documentaire : « Croissance sous surveillance » (11 min)
- Réalisation : Skander Bouderbala (2026)