Derrière les bassins du Seaquarium Institut Marin, à l’abri du regard des visiteurs, s’active une petite équipe essentielle : huit techniciens aquariologistes. Polyvalents, ils passent d’un univers à l’autre : du secteur méditerranéen au tropical, jusqu’au requinarium, avec la mission de veiller au bien-être de milliers d’espèces : méduses, hippocampes, coraux, poissons méditerranéens et tropicaux, raies, requins.
Ici, pas de routine figée. Chaque journée commence avant l’ouverture, par un tour des installations appelé « la tournée ». Température, filtration, éclairage, comportement des animaux : tout est regardé.
Mais très vite, un autre travail discret commence, souvent méconnu du public : la préparation de la nourriture vivante.

Cultiver la nourriture
Car au Seaquarium, nourrir les animaux ne consiste pas simplement à distribuer du poisson. Une partie du travail repose sur la culture de plancton. De nombreux techniciens du Seaquarium Institut Marin ont suivi une formation spécifique, dont le Diplôme d’Université Technicien Spécialisé en Aquaculture, qui permet d’acquérir les connaissances en biologie, zootechnie, physico-chimie de l’eau et infrastructures nécessaires à la gestion d’une production aquacole.
Ces paramètres de l’eau et physico-chimiques doivent être maîtrisés pour le maintien des individus dans les bassins mais aussi leur reproduction et leur développement.

Le plus petit aliment utilisé est le phytoplancton, une micro-algue indispensable, notamment pour les invertébrés comme les coraux ou les éponges. Vient ensuite le zooplancton, composé de proies vivantes minuscules : rotifères, copépodes et surtout les nauplii d’artémia, de petites larves de crustacés cultivées à quelques kilomètres.


Ces dernières suivent un véritable protocole : récoltées dans les salins d’Aigues-Mortes, elles sont élevées sur plusieurs jours, enrichies progressivement, puis chargées en vitamines avant d’être distribuées. Un travail minutieux, presque invisible, mais fondamental pour garantir leur valeur nutritive.



Une alimentation adaptée à chaque espèce
Dans les coulisses, les techniciens assurent également un rôle de logistique et de préparation pour toujours avoir les différentes quantités et variétés d’aliments. Artémias vivantes ou congelés, poissons découpés, moules, calmars, sépions, crevettes, végétaux… chaque espèce a ses préférences et ses besoins.
Les petits poissons et les larves se nourrissent de plancton. Les hippocampes, eux, exigent du vivant quotidiennement. Les grands prédateurs comme les requins ou les murènes reçoivent des poissons entiers ou des morceaux plus conséquents, plusieurs fois par semaine.
Rien n’est laissé au hasard : la taille des morceaux, la fréquence des repas, ou encore l’ordre de distribution sont pensés pour respecter les comportements naturels. Même le jeûne est intégré, une journée par semaine, pour se rapprocher du rythme de la vie sauvage.


Nourrir les coraux
Mais l’un des moments les plus fascinants reste celui du nourrissage des coraux.
Dans leurs bacs, souvent cachés en arrière-zone, ces animaux appartenant aux Cnidaires reçoivent chaque jour une préparation spécifique : une « soupe » riche en plancton.

À première vue, les coraux semblent immobiles, presque minéraux. Pourtant, dès que la nourriture est diffusée dans l’eau, un spectacle étonnant commence.



Les polypes — ces minuscules organismes qui composent le corail — s’ouvrent progressivement. De fins tentacules apparaissent, se déploient et s’agitent doucement. Le corail semble alors s’animer, comme une fleur qui éclot sous l’eau.


Ces tentacules capturent les particules en suspension, les dirigent vers leur bouche, et permettent au corail de se nourrir activement. Un moment où il est nécessaire de s’approcher de la vitre pour voir l’activité biologique.

Entre lumière et nourriture, le phénomène de la photosynthèse.
Les coraux ne se nourrissent pas uniquement de cette « soupe ». Ils vivent aussi en symbiose avec des micro-algues appelées Zooxanthelles, qui leur fournissent de l’énergie grâce à la lumière. Ces algues utilisent la lumière pour réaliser ce que l’on appelle la photosynthèse, transformant l’énergie lumineuse et le dioxyde de carbone en nutriments (glucides, acides aminés).
Un déséquilibre (trop de nutriments ou un éclairage inadapté) peut rompre cette symbiose. C’est cet équilibre entre nutrition et éclairage qui permet leur croissance auquel veille les techniciens pour les reproduire et les maintenir.

Un métier de précision et d’observation
Au Seaquarium Institut Marin, les équipes se réunissent hebdomadairement pour échanger autour des projets, des arrivages, des bassins, des systèmes de filtration, des observations et des interventions vétérinaires si nécessaires.
Derrière chaque geste, chaque distribution, chaque « tournée » se cache une question essentielle : l’animal mange-t-il suffisamment ? Est-il en bonne santé ? Son comportement est-il normal ? mais c’est surtout la passion des équipes qui donnent du sens à la profession. Coopérer ensemble pour maintenir et reproduire des espèces et des écosystèmes en danger dans le milieu naturel.
Dans un contexte de dégradation accélérée des récifs coralliens à l’échelle mondiale, la maîtrise rigoureuse des protocoles de maintien et des cycles de reproduction en milieu contrôlé constitue des lieux de conservation et une base de données scientifiques fondamentale pour les futures stratégies de restauration de la biodiversité marine.
Dans ces coulisses, c’est toute une chaîne du vivant qui est recréée, du plancton microscopique jusqu’aux plus grands prédateurs — et où même les coraux, immobiles en apparence, révèlent toute leur vitalité.