Zoom sur le grand cachalot (Physeter macrocephalus)
Depuis plusieurs semaines, les équipes de l’Expédition Méditerranée 2026 documentent une diversité remarquable de mammifères marins au large des Baléares et des canyons de Méditerranée occidentale. Parmi les observations les plus marquantes figure celle du grand cachalot, espèce emblématique des grands fonds, observée au cours d’un transect (trajet) entre Majorque et Ibiza.

Une présence liée aux structures profondes de la Méditerranée
Le grand cachalot est une espèce strictement inféodée (dépendant) aux habitats profonds. En Méditerranée, sa présence est fortement liée aux canyons sous-marins et aux marges continentales, des zones où la profondeur importante et la dynamique océanographique (remontées d’eaux, concentration de matière organique et de biomasse) favorisent l’abondance de ses proies principales.
Ces proies sont les céphalopodes, c’est-à-dire des organismes marins comme les calmars, les seiches ou les pieuvres, qui occupent différents niveaux de profondeur et constituent une ressource alimentaire clé pour ce grand plongeur.
Les canyons sous-marins, qui structurent les traversées réalisées dans le cadre de l’expédition, agissent ainsi comme de véritables “corridors écologiques” en haute mer : ils concentrent la vie en profondeur et expliquent en grande partie la présence régulière de grands prédateurs pélagiques dans des zones parfois éloignées des côtes.

Les eaux des Baléares constituent ainsi une zone particulièrement favorable. Les reliefs sous-marins complexes, combinés aux remontées de nutriments et à la concentration de biomasse en profondeur, créent des conditions propices à la présence régulière de cachalots, notamment lors de leurs phases d’alimentation.
Le grand cachalot émet des cliquetis
Espèce plongeuse par excellence, le cachalot évolue dans un environnement où la lumière est absente et où l’acoustique devient le principal sens fonctionnel.
Il produit des clics puissants, utilisés à la fois pour l’écholocalisation et la détection de ses proies. Ces signaux, parmi les plus intenses du règne animal, sont particulièrement adaptés à la chasse en profondeur et peuvent être détectés à grande distance par hydroacoustique passive.
Dans le cadre de l’expédition, plusieurs enregistrements ont été réalisés lors de sa détection, permettant de documenter simultanément le comportement acoustique et la présence visuelle de l’espèce.


Une Méditerranée fonctionnelle pour les grands pélagiques
La Méditerranée occidentale, et plus particulièrement les secteurs situés entre le golfe du Lion et les Baléares, constitue une zone de transit et d’alimentation importante pour plusieurs espèces de mammifères marins.
La saison printanière et le début de l’été correspondent à une période de forte dynamique biologique : augmentation des températures de surface, stratification progressive de la colonne d’eau et disponibilité accrue des proies pélagiques. Ces conditions peuvent expliquer une activité accrue des espèces mobiles, notamment les dauphins et les grands plongeurs comme le cachalot.



Dauphins, raies, tortues et mégafaune associée
En parallèle des observations de cachalots, plusieurs espèces ont été régulièrement recensées lors des transects :
- dauphins bleu et blanc (Stenella coeruleoalba), fréquemment observés en groupes actifs en surface,
- grands dauphins (Tursiops truncatus), espèces côtières et opportunistes,
- dauphins de Risso (Grampus griseus), inféodés aux zones plus profondes,
- tortues caouannes (Caretta caretta), régulièrement rencontrées en surface ou en dérive,
- raies pélagiques (mobulas, raies aigles et pastenagues).

Ces observations traduisent la diversité fonctionnelle des habitats traversés, allant des zones côtières influencées par les activités humaines aux secteurs plus ouverts et pélagiques.

Une biodiversité suivie par approche multi-protocole embarqué des équipes du Seaquarium
Les observations visuelles sont systématiquement couplées à des enregistrements hydroacoustiques, des prélèvements d’ADN environnemental et des suivis planctoniques.
Cette approche intégrée permet de relier la présence des espèces à leur environnement physique et biologique, tout en documentant les pressions potentielles, notamment la pollution sonore liée au trafic maritime, particulièrement importante dans certaines zones des Baléares.
Une dynamique biologique en Méditerranée
La succession d’observations réalisées au cours des dernières semaines confirme la richesse biologique des eaux méditerranéennes prospectées. La stabilité progressive des conditions de mer et la diversité des habitats rencontrés semblent favoriser la présence de nombreuses espèces pélagiques et de grands mammifères marins.
Dans ce contexte, le grand cachalot apparaît comme une espèce sentinelle des écosystèmes profonds, dont la présence reflète à la fois la productivité des zones de canyon et la continuité écologique des habitats méditerranéens.
Une aventure à suivre sur les réseaux sociaux du Seaquarium Institut Marin :