Canicule marine
Le mot du directeur et biologiste marin, Jean Marc Groul.
Ce lundi 17 août 2026, l’eau du port de Port Camargue au Grau-du-Roi indique une température de 28°.

C’est une température élevée qui dure longtemps, plusieurs semaines, et le véritable souci réside précisément dans cette durée au-dessus des normales de saison, généralement entre 23 et 25° selon Mercator Ocean International. Cela ne s’arrête jamais.
Les conséquences et l’impact sur le milieu
Il ne faut pas confondre le réchauffement global de la Méditerranée, qui s’inscrit dans un temps plus long avec une hausse moyenne de +0,4 °C tous les 10 ans — avec les canicules marines.
Jean-Marc Groul
La température de la Méditerranée a augmenté de 1 °C en moyenne depuis 25 ans. Elle se réchauffe 20 % plus vite que les autres océans, à raison de 0,3 °C par décennie
Les vagues de chaleur marine sont des hausses extrêmes de la température de l’océan pendant une période prolongée. Ils peuvent se produire à différents endroits de l’océan, et leur ampleur et leur fréquence ont augmenté au cours des deux dernières décennies, avec des conséquences néfastes pour les écosystèmes, les industries marines et les activités humaines. Comme l’indique le rapport Copernicus sur l’état des océans
Ces dernières sont courtes et intenses, et viennent frapper de plein fouet les espèces fixées comme les éponges, les gorgones et les herbiers marins, car ils ne peuvent pas se mouvoir par rapport à d’autres espèces de poissons par exemple, qui vont chercher à aller plus profondeur pour aller chercher la fraîcheur. Les écosystèmes les plus touchés sont ceux qui se situent directement dans les 30-40 premiers mètres dans la colonne d’eau.
Le comportement des espèces
L’eau du Golfe du Lion et de la baie d’Aigues-Mortes est habituellement la plus froide de la Méditerranée. Les espèces de poissons viennent donc s’y réfugier et s’y reproduire. En parallèle, certaines espèces exotiques, arrivées notamment par le canal de Suez, commencent à remplacer les espèces locales. Tout cela reste difficile à suivre : du plancton jusqu’aux poissons, l’ensemble des espèces doit faire l’objet d’une observation attentive.
Les espèces incapables de se déplacer sont quant à elles condamnées à s’adapter ou à disparaître. Elles dépendent directement de la lumière et de la photosynthèse ; si l’eau reste trop chaude trop longtemps, comme ce fut le cas en 2002, ces gorgones et ces forêts sous-marines se retrouvent détruites, avec l’ensemble de l’écosystème très impacté.



Le rôle du vent
Seul le vent pourrait mettre fin à cette canicule marine : un coup de vent du nord ou d’ouest permettrait de mélanger les eaux du large et de la surface. Malheureusement, ce n’est pas le cas depuis de nombreuses semaines. Le système est bloqué, ce qui provoque ce réchauffement intense.
Des sorties nature sont d’ailleurs organisées pour sensibiliser le public à ce phénomène.
Les suivi scientifiques sur le terrain
Les plongeurs du Seaquarium sont sur le terrain pour répertorier ce qui se trouve au fond de l’eau, mais aussi suivre l’état des herbiers de zostère (plante marine) au grau-du-roi, les déplacements des populations de requins peaux bleues dans le Golfe du Lion et la baie d’Aigues Mortes, d’oiseaux, du plancton ou encore les espèces et écosystèmes vivants dans la laisse de mer. Ces données et ces références, sont aussi ceux des témoignages des pêcheurs, qui eux vivent de la mer, sont à sa surface et en dépendent. Des données sont également recueillies par les plongeurs bénévoles du Seaquarium Institut Marin, lors de sorties plongées en sciences participatives, qui permettront d’avoir plus de recul d’ici 3 ans et sur le long terme.

Sensibilisation et prise de conscience
L’eau se réchauffe, mais ce n’est pas une bonne nouvelle ! La plupart des personnes aiment les eaux chaudes, ce qui rend le message d’alerte très difficile à faire passer.

En savoir plus sur les sorties nature de l’été
Pourtant, la biodiversité englobe aussi les pins, les garrigues, les forêts et les rivières : tout est directement lié à l’océan. C’est cette biodiversité marine qui apporte la pluie, la fraîcheur estivale et qui nourrit toute la culture méditerranéenne environnante. Avec ces canicules directement liées au changement climatique, c’est toute cette culture et cet équilibre que l’on oublie et qui se retrouvent mis à mal.

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