Après plus de cinquante ans de protection et des résultats scientifiques largement reconnus, la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls pourrait connaître en 2027 sa plus importante évolution depuis sa création. Une enquête publique menée au printemps 2026 a porté sur un projet d’extension qui ferait passer son périmètre de 650 à près de 1 680 hectares. Une question revient souvent : pourquoi agrandir une réserve ?
Lors de l’Expédition Méditerranée 2026 – Les plongeurs professionnels du Seaquarium Institut Marin ont plongés au cœur de la biodiversité marine de la réserve de Banyuls.
Une réserve pionnière en Méditerranée française
Créée en 1974, la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls est la première réserve naturelle exclusivement marine de France. Située sur la côte Vermeille, entre Banyuls-sur-Mer et Cerbère, elle protège depuis plus de cinquante ans une mosaïque d’habitats marins méditerranéens parmi les plus riches du littoral français.
Cette protection s’appuie notamment sur une zone de protection renforcée où les activités humaines sont fortement limitées afin de permettre aux écosystèmes de fonctionner avec un minimum de perturbations.
Depuis sa création, la réserve constitue également un véritable laboratoire naturel grâce aux travaux menés par l’Observatoire océanologique de Banyuls, le Laboratoire Arago, l’Université de Perpignan et de nombreux partenaires scientifiques.
Des résultats visibles sous l’eau
Les suivis scientifiques réalisés depuis plusieurs décennies montrent des résultats particulièrement marquants.
Le cas du mérou brun (Epinephelus marginatus) est souvent cité comme emblématique. Espèce longtemps menacée en Méditerranée, il n’était représenté que par quelques dizaines d’individus dans les années 1980. Aujourd’hui, plusieurs centaines de mérous sont recensés dans la réserve.




Les études montrent également une augmentation significative de la taille des poissons, de leur abondance et de la biomasse totale présente dans les zones protégées. Certaines espèces patrimoniales comme les dentis, les corbs ou les grandes dorades y sont observées dans des densités nettement supérieures à celles rencontrées hors réserve.
Dans certaines zones, la biomasse des poissons est estimée jusqu’à trente fois supérieure à celle observée sur des secteurs non protégés.
Plus grands, plus nombreux, plus reproducteurs
L’un des principaux bénéfices de la protection réside dans l’augmentation de la taille des individus.
Chez les poissons, la taille joue un rôle essentiel dans la reproduction. Une femelle âgée et de grande taille produit souvent plusieurs fois plus d’œufs qu’un individu jeune. Ces poissons deviennent ainsi de véritables réservoirs biologiques capables de soutenir le renouvellement des populations.



Plongée des équipes du Seaquarium – Expédition 2026 – Réserve Banyuls – Juin 2026
Les chercheurs observent également ce que l’on appelle un « effet de débordement » (spillover effect). Les poissons protégés au sein de la réserve colonisent progressivement les zones périphériques, tandis que les larves produites dans la réserve sont dispersées par les courants sur une grande partie du littoral.
Les bénéfices de la protection dépassent donc largement les limites administratives de la réserve.
Pourquoi une extension aujourd’hui ?
Si la réserve a démontré son efficacité, les connaissances scientifiques ont également progressé.
Les gestionnaires considèrent désormais que le périmètre actuel ne couvre pas l’ensemble des habitats les plus sensibles de la côte Vermeille. Certains herbiers de Posidonie (Posidonia oceanica), des zones coralligènes particulièrement riches ainsi que plusieurs secteurs rocheux à forte valeur écologique restent partiellement en dehors du périmètre protégé.



L’objectif de l’extension est donc d’intégrer ces habitats fonctionnellement liés à la réserve existante afin d’améliorer la cohérence écologique de l’ensemble.
Le projet prévoit également la création de deux nouvelles zones de protection renforcée au niveau du cap Oullestrell et du cap Cerbère.
Une réponse aux défis du changement global
Cette extension intervient dans un contexte où les écosystèmes méditerranéens subissent des pressions croissantes.
Réchauffement des eaux, épisodes de canicules marines, artificialisation du littoral, pollution, fréquentation touristique ou encore pressions liées aux activités maritimes modifient progressivement le fonctionnement des habitats côtiers.
Les aires marines protégées apparaissent aujourd’hui comme des outils essentiels pour renforcer la résilience des écosystèmes face à ces perturbations.
Les travaux scientifiques montrent que les populations vivant dans des zones protégées présentent souvent une meilleure capacité de résistance et de récupération après des épisodes de stress environnemental.
Une protection plus forte, mais pas une mer fermée
Contrairement à certaines idées reçues, le projet d’extension ne vise pas à interdire l’ensemble des activités humaines.
La stratégie proposée repose sur une gestion différenciée selon les secteurs. Certaines zones bénéficieront d’une protection renforcée tandis que d’autres continueront d’accueillir des usages compatibles avec les objectifs de conservation : navigation, plongée, baignade ou activités de découverte. L’enjeu consiste à trouver un équilibre durable entre préservation de la biodiversité et usages du littoral.
Un projet observé à l’échelle méditerranéenne
L’extension de la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls dépasse aujourd’hui le cadre local.

Elle s’inscrit dans les objectifs européens et internationaux visant à renforcer les aires marines protégées et à augmenter la part des espaces bénéficiant d’une protection forte.
Cinquante ans après sa création, la réserve de Cerbère-Banyuls continue ainsi de démontrer qu’une protection durable et scientifiquement suivie peut restaurer les populations marines et renforcer la biodiversité. Son extension pourrait constituer une nouvelle étape dans la préservation des écosystèmes méditerranéens pour les décennies à venir.
Sources rédactionnelles :