Actus scientifiques

Un nouveau suivi du plancton au large du Grau-du-Roi

Le 27 février 2026

Dans la continuité de l’expédition 2025, le Seaquarium Institut Marin met en place un suivi mensuel du plancton au large de la flèche de l’Espiguette, dans le golfe du Lion.

Ce nouveau protocole est coordonné par Cannelle, médiatrice scientifique, coordinatrice de ce nouveau suivi en mer sur cinq stations * distinctes réparties entre le proche littoral (près de la côte ) le large, à l’est et à l’ouest du secteur étudié.

L’idée, c’est de voir la différence entre les stations. On a un point près de la côte, un au large, un très au large à 6000 nautiques, puis un à l’est et un à l’ouest. Chaque point est différent mais permettre d’observer les variations dans cet espace et mieux comprendre les mécanismes de ces écosystèmes

*Dans le cadre de ce suivi, une station désigne un point de prélèvement fixe et précisément localisé en mer, sur lequel les équipes réalisent les échantillonnages de manière régulière. L’intérêt d’une station est de pouvoir revenir exactement au même endroit au fil des mois et des saisons, afin de comparer les données dans le temps et d’observer l’évolution des espèces présentes.

Protocole appliqué

Sur quatre des cinq stations, le protocole repose sur un prélèvement au filet à zooplancton. Le bateau est à l’arrêt. Cannelle relève la profondeur : ici, entre 11 et 26 mètres en fonction des points de prélèvements.

Je prélève l’entièreté de la colonne d’eau. Le filet est dirigé à la verticale jusqu’au fond grâce à un lest, puis je le remonte. Avec le courant le filet tombe en diagonale, pour être certain de prélever à la verticale, il est nécessaire de faire une marche arrière avec le bateau pour être à la verticale

Le geste est simple en apparence. Pourtant, il conditionne la qualité des données. En descendant le filet jusqu’au fond puis en le relevant lentement, c’est toute la colonne d’eau qui est échantillonnée — du fond jusqu’à la surface.

À la cinquième station, changement de méthode.

Là, j’utilise une bouteille Niskin. Je veux prélever à une profondeur précise pour avoir une idée de la densité de zooplancton à un niveau donné.

À 18 mètres de fond, le prélèvement pourra être déclenché à 9 mètres à l’aide d’un tube à l’aide d’un clapet pour fermer la bouteille Niskin.

Entre un et cinq litres d’eau sont collectés. Un échantillonnage ciblé, complémentaire du trait vertical réalisé avec le filet.

De l’échantillon au microscope

À bord, les échantillons sont conditionnés dans des flacons de 250 ml. Quelques gouttes de Lugol (solution iodée fixatrice ) peuvent être ajoutées pour conserver les organismes.

Le phytoplancton est confié au laboratoire HYDRECO, partenaire scientifique de ce programme, dans la continuité du « suivi plancton » mené pour la première fois lors de l’expédition 2025 du Seaquarium.

Le zooplancton, lui, reste au Seaquarium pour identification.

Avant observation, l’échantillon est tamisé avec une maille très fine afin de concentrer les organismes et réduire le volume d’eau. Puis vient le temps du microscope trinoculaire, équipé d’un appareil photo en permanence connecté.

Ça nous permet de récolter les individus pour pouvoir les observer et les identifier.

Sous l’objectif, le vivant apparait : larves d’oursins, de crabes, de mollusques, crustacés à différents stades de développement. Nauplies, zoés…

Bien souvent, nous oublions que les individus adultes passent par un stade où ils ne mesurent seulement quelques millimètres avant de pouvoir les observer comme nous les connaissons. D’ailleurs, les larves n’ont souvent rien à voir avec l’individu adulte. Une grande partie des espèces commencent leur vie par un stade larvaire, c’est ce que nous appelons le plancton temporaire. 

Paramètres

Chaque station fait l’objet d’un relevé de paramètres : date, heure, température de l’eau, météo, salinité, pH, coordonnées GPS, courant, type de prélèvement, numéro d’échantillon.

L’objectif est clair : constituer une base de données fiable et exploitable avec un protocole reproductible sur le long terme. À l’avenir, les plongées en technique black water viendront compléter ces suivis par les photographies. Une technique développée en interne et une méthode d’identification dans la lignée des suivis du Seaquarium comme celui des fonds sableux. Où la biodiversité présente est recensée par les photos des plongeurs pour les identifier.

« Le protocole est en cours d’évolution. À l’avenir, on veut pouvoir comparer le jour et la nuit, voir la variation des espèces en fonction de la température, de la luminosité et de la saisonnalité. »

Les données sur le phyto et le zooplancton littoral en Méditerranée restent rares. Ce suivi ambitionne de combler une partie de ce manque à l’échelle locale.

Du minuscule aux géants

Le plancton est à la base de la chaîne alimentaire.

« Il y a des sardines parce qu’il y a du plancton. Il y a des oiseaux parce qu’il y a des sardines. Il y a toute une diversité liée à ces micro-organismes. Nous-mêmes, sommes liés au plancton. »

Cannelle, coordinatrice de ce suivi au Seaquarium

Le phytoplancton est constitué d’une diversité de micro-organismes qui vivent libres dans tous les écosystèmes aquatiques, des océans à la moindre flaque d’eau. Tous font de la photosynthèse et ils produisent à eux seuls la moitié de l’oxygène sur notre planète (l’autre moitié étant produite par les plantes terrestres).

Source MNHN

Le zooplancton, est le plancton « animal »

Il regroupe des organismes unicellulaires ou pluricellulaires qui, comme tous les animaux, consomment de la matière organique déjà constituée. Le zooplancton est composé de deux groupes : le zooplancton permanent et le zooplancton temporaire. Contrairement zooplancton permanent, qui passe toute sa vie sous forme planctonique, le plancton temporaire regroupe un ensemble d’organismes vivant sous forme planctonique pendant la phase larvaire de leur développement, pour ensuite devenir benthiques (ex : crustacés, mollusques).

Pour de nombreux animaux qui se déplacent comme les vers, les mollusques, les oursins, la longue errance à l’état larvaire est un excellent moyen de conquérir de nouveaux territoires.

Source Plancton du Monde

Observer le plancton, c’est donc lire l’amont de tout ce que le plongeur admire sous l’eau.

« Cela nous donne la possibilité de voir des espèces qui sont parfois très discrètes en plongée »

Une exposition événement en 2026

En avril 2026, le Seaquarium Institut Marin proposera une nouvelle exposition XXL installée sur le parvis et autour de l’établissement pour une durée de six mois.

Au programme :

  • des panneaux grand format 180*150cm
  • des images macros spectaculaires de plancton en technique « black water »,
  • des photographies signées notamment par Stéphane Jamme et Anthony Berberian pour découvrir ces organismes insoupçonnés, pour vivre une plongée dans l’univers, mais sous la mer.

Quand le minuscule devient géant : un projet d’exposition photographique inédite pour allier médiation scientifique, vulgarisation et sensibilisation à la beauté du monde du plancton.

Une expédition pour 2026 ?

Dans le prolongement des ces suivis initiés en 2025, le Seaquarium Institut Marin repartira en mer Méditerranée en mai 2026 pour une nouvelle expédition de six semaines en voilier.

Cette nouvelle mission aura pour fil conducteur « Du minuscule aux géants ». Une expédition qui permettra de collecter de nouvelles données scientifiques en Méditerranée, mais aussi de rendre visible cette continuité du vivant en passant du microscope aux jumelles : du plus infime organisme dérivant dans la colonne d’eau jusqu’aux géants du large.

Pour en savoir +

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